Interview de Valente Tseco, directeur exécutif de l’Alliance Biblique du Mozambique

Valente Tseco, est le directeur exécutif de l’Alliance Biblique du Mozambique. Il s’est rendu dans les zones dévastées du centre du pays. De retour à Maputo, il a répondu aux questions de Made in Compassion.

Valente Tseco, vous vous êtes rendus dans les régions du centre du Mozambique à la rencontre des sinistrés du cyclone Idai. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a frappé le plus à votre arrivée sur place ?

La dévastation ! Alors que nous roulions depuis Chimoio, la capitale de la province de Manica, on pouvait voir l’ampleur du cyclone et des inondations. À Chimoio, les effets de la tempête étaient visibles avec tant d’arbres et de maisons détruites. Chimoio est à environ 200 kilomètres de Beira, la capitale. En route depuis Chimoio, nous sommes passés par Gondola, puis Inchope où la route nationale traverse les deux provinces de Manica et Sofala. Là, nous avons vu des petits villages totalement détruits. Nous avons visité d’autres lieux, comme Tica, Mafambisse, Dondo et Beira,  tous dans la province de Sofala. C’est incroyable, les villages ont juste disparu, et les maisons, les arbres et les fermes avec leurs cultures étaient réduites à néant.

Pouvez-vous décrire les conditions de vie des victimes ?

Les conditions de vie sont critiques. Les gens manquent de tout parce qu’ils n’ont pu garder aucun de leurs biens. Pas de chaise, pas de lit, pas de table, pas de couverture, pas de pain, pas de nourriture, pas de vêtement, rien, rien, rien n’a échappé à la tempête et aux inondations.

La vie est réduite à une petite tente comme vous pouvez le voir sur les photos. Toutes les familles ont reçu une tente où le père, la mère et les enfants dorment ensemble. Les conditions sanitaires sont très pauvres. Alors les gens sont en proie aux maladies, comme le choléra, qui est une réalité en ce moment.

Les gens survivent grâce aux dons des ONGs et des associations humanitaires.

Peut-être y a-t-il une histoire, une famille, quelqu’un qui vous a touché plus particulièrement. Pouvez-vous partager leurs témoignages ?

On nous a raconté l’histoire d’une famille qui a survécu en grimpant dans un arbre, après avoir perdu sa maison. Ils sont restés dans l’arbre pendant 3 jours, attendant que le niveau des eaux baisse.

Dans une telle situation, ils n’ont pu ni dormir, ni manger quoi que ce soit, parce qu’ils n’avaient pu sauver aucun de leurs biens.

Notre collègue à Beira, le pasteur Augusto Chimundo, a vu sa maison inondée. La plupart de ses affaires sont parties avec les eaux. Il a dû assembler des tables pour dormir, puis le niveau de l’eau a baissé.

Notre collègue, responsable du dépôt de Beira, nous a confessé qu’à cause de la violence de la tempête et des eaux, il était convaincu que c’était la fin du monde, et que lui-même allait mourir; À tel point qu’il a fait cette prière, « Père, c’est fini, prends mon âme… ». À la fin du cyclone Idai, il a dit, « Un Domingo est mort le 14 mars 2019, un autre Domingo est né le 14 mars 2019. Si Dieu m’a sauvé, c’est pour un objectif, alors dès maintenant, je veux vivre pour Dieu, pour accomplir son plan. »

Qu’en est-il des épidémies annoncées ?

Le choléra et la malaria sont les principales épidémies, à cause des pauvres conditions sanitaires dans lesquelles les gens vivent. Les rapports officiels parlent de 200 personnes décédées du choléra. Le gouvernement mène une campagne de vaccination et distribue des moustiquaires à tous les sinistrés pour empêcher ces épidémies.

Quelles sont les priorités des organisations humanitaires sur place ?

Les priorités des organisations humanitaires sur place sont l’alimentation, la santé, les vêtements et les hébergements temporaires.

Pouvez-vous nous parler du rôle de l’Alliance Biblique dans ces temps de crise humanitaire ?

Il y a des organisations qui aident les gens avec de la nourriture, des médicaments, etc. Notre rôle est d’apporter une réponse spirituelle, à travers les Écritures, pour faire comprendre aux gens que malgré toute cette adversité, Dieu les aime. Notre rôle est de leur faire comprendre que l’existence de la tempête ne signifie pas l’absence de Dieu. Alors ils ont besoin de la Parole de Dieu pour intéragir avec le Père qui les aime et prend soin d’eux. L’Alliance Biblique est la principale agence biblique dont la mission est de rendre la Parole de Dieu disponible pour tous. Pour pouvoir le faire, nous avons besoin de l’aide des autres pays et organisations parce que 1,4 million de personnes sont touchées au centre du Mozambique. En parallèle, nous voulons mettre en place un programme holistique, pour répondre aux besoins physiques des personnes qui souffrent.

Avez-vous un message à faire passer aux donateurs de Made in Compassion ?

Dans la vie, l’objectif primordial est d’être une bénédiction pour les autres. C’est de se placer dans les situations des autres, dans leurs conditions, et de faire la différence. Nous vivons dans un village global où nous devons prendre soin les uns des autres. Ta paix à la maison sera complète si ton voisin est en paix. Ta joie sera complète si ton voisin est heureux. On nous enseigne une règle d’or qui dit, « fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi ». Dans la situation actuelle du centre du Mozambique, nous devons voir la souffrance des gens, et essayer de les aider. Si nous regardons simplement ces gens souffrir, sans rien faire, alors cela signifie que nous nous détestons, nous ne nous aimons pas, nous ne prenons pas soin de nous-mêmes. Au nom de mes camarades mozambicains affectés par le cyclone Idai, je vous demande du soutien et de l’aide, pour alléger leur souffrance. Que Dieu touche vos coeurs, pour que vous deveniez une bénédiction pour eux à travers vos dons.